Vous jetez chaque semaine des épluchures, des feuilles mortes, des restes de taille ? Avec un peu d’organisation, tout cela peut devenir une terre sombre et riche pour votre potager ou vos arbres. Fabriquer du compost ne demande ni diplôme ni matériel coûteux. Il faut surtout comprendre ce qui se passe dans le tas, et lui donner ce dont il a besoin.
Cette méthode a été pensée pour nos conditions : étés chauds et secs, pluies concentrées sur quelques mois, vent qui dessèche vite. Suivez-la dans l’ordre, et vous obtiendrez un premier compost en quelques mois.
Ce qui se passe dans un tas de compost
Imaginez une petite ville très peuplée. Bactéries, champignons, vers, cloportes et larves vivent dans votre tas et se nourrissent de vos déchets. Ils ont besoin de trois choses, comme nous : à manger, à boire et à respirer.
- À manger : un mélange de matières humides riches en azote et de matières sèches riches en carbone.
- À boire : une humidité régulière, ni trop ni trop peu.
- À respirer : de l’air entre les matières, sinon le tas pourrit au lieu de composter.
Si l’un de ces trois éléments manque, la ville ralentit. Toute la méthode consiste à garder cet équilibre.
Où installer votre compost
Choisissez un coin à l’ombre ou à mi-ombre. Sous un arbre, contre un mur orienté au nord, derrière une haie. En plein soleil, le tas sèche en quelques jours au printemps et en été.

Posez-le directement sur la terre, pas sur une dalle. Les vers et les micro-organismes du sol pourront monter dans le tas. Prévoyez aussi un point d’eau pas trop loin : vous arroserez plus souvent que vous ne le pensez.
Côté contenant, trois options :
- Le tas libre, pratique si vous avez de la place et beaucoup de déchets de jardin.
- Le composteur en bois ou en plastique, plus propre et plus discret, idéal en ville ou dans un petit jardin.
- Deux ou trois bacs côte à côte, pour remplir l’un pendant que l’autre mûrit.
Les ingrédients : du vert et du brun
C’est le cœur de la recette. On parle de matières « vertes » et de matières « brunes », même si la couleur n’est pas toujours la règle.

Les matières vertes sont humides et se décomposent vite : épluchures de légumes et de fruits, marc de café, tontes de gazon fraîches, feuilles vertes, fanes du potager.
Les matières brunes sont sèches et plus dures : feuilles mortes, paille, branchages broyés, carton brun non imprimé, sciure de bois non traité.
L’astuce la plus simple : mettez à peu près autant de brun que de vert, en volume. Trop de vert et le tas devient collant et sent mauvais. Trop de brun et il ne bouge plus. Pour la liste complète, consultez notre article quels déchets composter.
Fabriquer du compost en sept étapes
1. Préparez une base aérée

Commencez par une couche de branchages ou de tiges grossières d’une dizaine de centimètres. Elle laisse circuler l’air par le bas et évite que l’eau stagne.
2. Coupez les gros morceaux
Plus les morceaux sont petits, plus le travail est rapide. Coupez les tiges, cassez les branches, déchirez le carton. Pour de grandes quantités de tailles, un broyeur de végétaux change la vie.
3. Alternez les couches
Une couche de vert, une couche de brun, et ainsi de suite. Chaque fois que vous ajoutez des déchets de cuisine, recouvrez-les d’un peu de matière sèche. Cela évite les mouches et les odeurs.
4. Arrosez au fur et à mesure
Le bon niveau d’humidité ? Celui d’une éponge essorée. Prenez une poignée au cœur du tas et serrez : quelques gouttes doivent perler, pas un filet d’eau. En été, il faudra souvent arroser une fois par semaine, parfois plus.
5. Retournez régulièrement
Toutes les deux à quatre semaines, retournez le tas à la fourche. Ramenez l’extérieur vers le centre. C’est le geste qui redonne de l’air et relance le travail.
6. Laissez chauffer
Quelques jours après le montage, le centre du tas devient chaud. C’est normal et c’est bon signe. La chaleur montre que les micro-organismes travaillent dur. Elle aide aussi à détruire une partie des graines indésirables.
7. Laissez mûrir
Quand vous n’ajoutez plus rien, laissez le tas reposer. Il refroidit, se tasse, change de couleur. Cette maturation prend encore plusieurs semaines. Ne la sautez pas : c’est elle qui rend le compost doux pour les racines.
Le tas ne fait pas ce que vous voulez ? Voici pourquoi
Il sent mauvais. Trop d’eau ou trop de matières vertes. Ajoutez du sec, retournez, laissez respirer.
Il ne chauffe pas. Le tas est peut-être trop petit, trop sec ou trop pauvre en vert. Arrosez, ajoutez des épluchures ou des tontes, et grossissez-le.
Il est envahi de mouches. Les déchets de cuisine sont restés à l’air. Enfouissez-les et couvrez-les toujours de matière brune.
Il est sec et poussiéreux. C’est le grand classique de nos étés. Arrosez copieusement en retournant, puis couvrez le tas avec un vieux sac de jute ou des branchages.
Rien ne se décompose. Les morceaux sont trop gros ou le tas manque d’azote. Broyez, coupez, ajoutez du vert.
Comment savoir que c’est prêt
Un compost mûr ressemble à de la bonne terre de forêt. Il est brun foncé, s’émiette entre les doigts et sent l’humus. Vous ne reconnaissez presque plus rien de ce que vous y avez mis, à part peut-être quelques brindilles.
Petit test facile : semez quelques graines de cresson dans un pot rempli de votre compost. Si elles lèvent bien et restent vertes, il est prêt. Si elles jaunissent ou ne germent pas, laissez-le mûrir encore.
Les morceaux qui ne sont pas décomposés ? Tamisez, et remettez-les dans le prochain tas. Ils serviront de « levain ».
Combien de temps attendre
Il n’y a pas de délai fixe. Un tas bien équilibré, humide et retourné souvent donne un compost utilisable en quelques mois. Un tas laissé à lui-même, sec et jamais retourné, peut mettre plus d’un an.
Sous notre climat, deux saisons sont favorables : l’automne et le printemps. En été, la chaleur accélère tout à condition d’arroser. En hiver, dans les zones froides comme le Moyen Atlas, le tas ralentit nettement.
Fabriquer du compost au fil des saisons marocaines
En automne, c’est la fête au jardin : feuilles mortes, tailles, restes du potager d’été. Profitez-en pour monter un gros tas bien équilibré. Les premières pluies vous aideront à l’humidifier.
En hiver, le tas travaille plus lentement, surtout en altitude. Continuez à apporter vos déchets de cuisine, mais retournez moins souvent. Une bâche respirante ou un vieux tapis posé dessus garde la chaleur.
Au printemps, tout redémarre. C’est le bon moment pour retourner à fond, arroser si besoin, et récolter le compost mûr de l’année précédente pour les plantations.
En été, le grand ennemi est la sécheresse. Gardez quelques matières brunes de côté, arrosez régulièrement et protégez le tas du soleil direct. Bien suivi, il peut aller très vite à cette saison.
Une bonne habitude : stockez des feuilles mortes dans des sacs à l’automne. Vous aurez ainsi de la matière sèche toute l’année pour équilibrer les épluchures.
Le petit matériel qui aide vraiment
- une fourche à bêcher pour retourner ;
- un arrosoir ou un tuyau avec pomme ;
- un sécateur et, si vous avez beaucoup de branches, un broyeur ;
- un seau avec couvercle pour stocker les déchets de cuisine ;
- un tamis grossier, pratique pour séparer le compost fin des morceaux.

Pas besoin de plus pour un jardin familial.
Et à grande échelle ?
Sur une ferme, un domaine, un golf ou pour une commune, le principe reste le même, mais les volumes changent tout. On ne monte plus un tas : on forme de longs cordons appelés andains. Le retournement se fait avec un retourneur d’andains, et le compost fini passe dans un crible rotatif pour obtenir un produit régulier.
Si c’est votre cas, notre dossier sur la plateforme de compostage détaille l’organisation, et nos équipements de compostage montrent le matériel adapté.
Utiliser votre premier compost
Vous avez enfin votre compost ? Au potager, étalez-en une couche en surface au printemps ou à l’automne, puis griffez légèrement. Au pied des arbres et des arbustes, posez-le en couronne, sans toucher le tronc. Dans les pots, mélangez-le au terreau.
Pour plus d’idées, lisez comment utiliser le compost au jardin ou, pour les cultures, le compost en agriculture.
Vos questions sur le compostage maison
Peut-on composter en appartement ?
Oui, avec un lombricomposteur. Des vers spécialisés transforment les déchets de cuisine dans un petit bac. C’est une bonne solution sur un balcon, à l’abri du plein soleil.
Faut-il ajouter un activateur ?
Ce n’est pas nécessaire. Une pelletée de compost mûr ou de bonne terre de jardin apporte déjà tous les micro-organismes utiles.
Les agrumes et l’ail sont-ils interdits ?
Non, mais en petite quantité. Ils se décomposent plus lentement. Coupez-les en morceaux et mélangez-les au reste.
Et si je n’ai pas le temps ?
Vous pouvez faire un compost « lent » : empilez, arrosez de temps en temps, et oubliez-le. Il sera plus long, mais il finira par se faire. Si vous voulez un résultat immédiat, notre compost organique en sac vous permet de commencer tout de suite, pendant que votre propre tas se prépare.
Peut-on fabriquer du compost avec les feuilles de palmier ou d’olivier ?
Oui, mais elles sont dures et lentes à se décomposer. Broyez-les ou coupez-les très fin, et mélangez-les avec beaucoup de matières vertes.
À retenir
Fabriquer du compost, c’est nourrir une petite vie souterraine : du vert, du brun, de l’eau, de l’air et un peu de patience. Commencez petit, observez votre tas, ajustez. Au bout de quelques essais, vous saurez le lire comme un jardinier expérimenté. Et pour tout savoir sur l’achat et l’usage du compost, gardez sous la main notre guide complet du compost au Maroc.
